GÉNÉALOGIE DES FAMILLES :

Accueil BaseGénéalogique Gazettes Chaunac-Lanzac Ecrits contact


Yann PICHOT de CHAMPFLEURY (1914-2002)

BESSE et le Rugby.



Yann de Champfleury (née Marie-Anne de Thomasson de Saint Pierre)

Par son fils Pierre












Elle avait deux grandes passions : Besse et le rugby.


Dans sa chambre, épinglé sur la porte de sa salle de bains, il y avait deux grandes photos, pleine page, qu'elle avait découpées dans "Midi Olympique", de Philippe Bernat-Salles, trois quart aile de Biarritz et de l'équipe de France, filant à l'essai dans son style plein de grâce, d'intelligence et de détermination. "Regarde-le : c'est un prince" disait-elle.


Elle adorait ce sport, d'abord parce que "c'est un sport d'hommes, des vrais, pas des estrancinets comme on en voit dans les magazines de mode", mais surtout parce qu'elle en admirait les valeurs : le courage, la force, la détermination, l'initiative individuelle au service de l'équipe, le dépassement de soi, la beauté des gestes. Et l'immense joie que lui procurait la victoire de son équipe (surtout face à l'Anglais).


Ces valeurs étaient les siennes. Et c'est par elles qu'elle a "tenu" Besse , seule à partir de 1979 après une terrible décennie où elle a vu partir successivement son père, sa mère, sa fille Henriette, puis notre père.


Je me demande encore où elle est allé chercher le courage de faire face à tant de peines aussi profondes alors qu'elle se retrouvait si souvent seule dans la grande maison. Certainement à Veyrines, auprès de sa sœur, Tante Jacqueline et du regretté Oncle Marcel. Mais jamais, absolument jamais, aucun de nous ne l'a entendu se plaindre devant tant d'adversité. "Teto fiero", l'équivalent en patois périgourdin du "chin up" britannique est un mot qu'elle utilisait volontiers pour encourager sa progéniture dans les moments difficiles et qu'elle s'appliquait, en premier lieu, à elle même.


Elle avait une bonne fois pour toutes décidé de prendre le parti de la vie. D'abord, celle de la commune de Besse qui était devenue, au fil des ans, son autre famille. Et la vie du monde en général, où son insatiable curiosité de savoir et de comprendre ce qui se passait autour de nous se nourrissait, entre autres, de la lecture quotidienne du "Monde".


Elle disait de Besse: "c'est ma seconde peau". Elle l'a préservé et embelli avec la volonté et la force d'un troisième ligne aile. Pour pouvoir l'ouvrir à tous et, en particulier, à sa grande famille périgourdine à laquelle elle était si profondément attachée. "Maintenir et servir" était sa devise favorite, elle qui ne se disait pas châtelaine mais simplement "gardienne de château".


Nous lui avons dit au revoir en déposant dans son cercueil une fleur chacun. Et puis, avant qu'il ne soit refermé, j'y ai placé, conformément à ses dernières volontés…un ballon de rugby.


Bon match, maman !



Pierre Pichot de Champfleury