GÉNÉALOGIE DES FAMILLES :

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   Patrick FOURLINNIE (1953-)

Les Marquises en Polynésie.


Branche De CHAUNAC LANZAC » - « FOURLINNIE »;

Patrick FOURLINNIE(1953-); Les Marquises


Patrick, descendant de Jean (le pauvre) DE CHAUNAC LANZAC a une passion pour la Polynésie..

Il a réussi à concilier vie professionnelle et amour déraisonnable pour les iles et ses souvenirs d’enfance. Il a choisi de se réaliser au travers du métier de "Chasseur de coquillages rares". En quoi cela consiste t-il ? Laissons mon frère le raconter lui même :


Souvenirs des Marquises et photos par Patrick FOURLINNIE :


Depuis ma découverte de la Polynésie Française en 1964, époque où Tahiti cadrait parfaitement avec l’image idyllique que peut s’en faire l’Homme, une envie irrésistible me pousse régulièrement, à l’approche de l’hiver métropolitain, à retourner vers ce territoire lointain et ce malgré les mutations inévitables intervenues depuis et qu’il m’est difficile d’accepter.

Je connais bien cet archipel ; je l’ai vu « évoluer » : construction de l’aéroport, atterrissage des premiers Boeing, premiers feux tricolores… mais, de tous ces maux, le plus terrible fut au fil des ans de voir près de mon habitation le magnifique lagon perdre sa palette de couleurs chatoyantes et devenir uniformément pâle.

On a volé les taches de couleurs éclatantes et multiples qui fascinaient au réveil mes yeux d’enfant ! Mais la Polynésie est vaste, je le savais, et beaucoup d’endroits ressemblent à mes souvenirs d’enfance. Tahiti la reine, la perle, souffre aujourd’hui d’avoir osé rivaliser avec le Paradis des Dieux alors qu’elle n’était que l’Eden des Hommes.






























Les Vinis

Aujourd’hui, des charters déversent des flots de touristes, et les tahitiens désabusés ont d’autres soucis que d’accueillir ces visiteurs déçus de rencontrer à des milliers de kilomètres de chez eux ces même problèmes qu’ils viennent de fuir.

Alors, dans l’immensité de cette Polynésie, on reporte son ultime espoir sur la dernière frontière de ce monde : les Marquises. Passé cette limite, irrémédiablement vous retournez chez vous , la boucle est bouclée, impossible de s’éloigner.

C’est donc en ce début d’hiver 1990 que je pris la décision de partir vers ce qui allait me replonger dans mes sensations d’autrefois, le dernier monde pur et magique des Marquises.

Pour y aller, il vous faut économiser 10 000F.

Pour 7 000F, les compagnies de charters vous déposent en 48 heures à Papeete et vous voilà à déambuler sur les quais avec votre tête d’écrevisse à l’étouffée perturbée par le décalage horaire.

Au fond du port se cachent les bureaux du fameux cargo « TAPORO » qui assure les liaisons inter-îles.

Dans ces bureaux on ne prête pas plus attention aux passagers qu’à la marchandise. On se contente de rire et de plaisanter en vous donnant, pour trois fois rien, votre billet de passage. L’aventure « Marquises » va commencer, frissons garantis !

Le grand jour est arrivé, le petit cargo rouge attend et il faut se frayer un chemin parmi les milliers de marchandises diverses qui l’entourent. Ses moteurs en chauffe vous assourdissent et déjà, sur le pont, les passagers, des familles marquisiennes, sont installés au millieu de sacs et de nattes. Il est urgent de trouver un coin à même le sol et de se préparer à y passer au moins une semaine, durée moyenne de la traversée.

A la tombée de la nuit le « TAPORO » quitte Papeete, et le rythme de croisière s’installe en fonction de l’état de la mer. Le soir, si la mer est douce, les guitares chantent ; on mange du poisson si les bonites mordent à l’hameçon, sinon on ouvre des boîtes de « corned beef ». Si la mer est mauvaise, mal de mer général et apathie totale.

Durant cette semaine « Grand bleu », il peut se passer bien des choses : bagarre au sein de l’équipage après une soirée copieusement arrosée, et,  en attendant la réconciliation, le bateau dérivera pendant deux jours au gré de l’océan heureusement pacifique. C’est une image fantastique de voir dériver le « TAPORO », une baleine adossée à son flanc et s’y frottant pendant plusieurs heures.

Après réconciliation, le subrécargue interdira la boisson et l’on repartira. Si tout va bien le retard ne sera que de deux jours. Toutefois, il n’est pas rare qu’une panne mécanique fasse dériver le bateau encore une demi-journée mais tout finit par s‘arranger.

Le côté « génial » de l’histoire est qu’après cette traversée souvent mémorable l’écrevisse à l’étouffée se transforme en écrevisse guerrière et c’est avec appétit que l’on découvre au petit matin Tahuata, la première des îles marquisiennes.

Tahuata l’indépendante refuse toute métamorphose ; sur sa place centrale les chevaux tiennent toujours leur rôle, les véhicules automobiles n’étant d’aucune utilité sur un tel territoire.

Par contre de la mer arrivent de tous côtés les « speedboats » aux moteurs puissants. Le débarquement des barils d’essence s’effectue grâce à des baleinières car il n’existe aucun accès au quai à Tahuata.

Le lendemain, après une nuit de navigation, apparaîtra Hiva Hoa avec sa baie protégée pour l’accueil des voiliers et son petit port.

Cette île superbe est devenue mythique pour nous, européens, grâce à l’aura de Paul Gauguin et de Jacques Brel. Comme tout le monde j’ai cherché le fameux cimetière et qu’elle ne fut pas ma surprise de constater que les marquisiens ne connaissaient ni Brel, ni Gauguin. Ce dernier est mort depuis trop longtemps, et Brel ne fréquentait que la poste pour son courrier et n’invitait que des passionnés d’aviation.

Brel et Gauguin, êtres d’exception oui, bien évidemment, mais à Hiva Hoa les marquisiens qui n’ont pas subi leur influence ne comprennent pas que les touristes délaissent la beauté de leur île pour deux simples pierres tombales.

Ensuite, direction Ua Pu, l’île aux femmes, l’île sourire avec ses pics magiques. Ua Pu, c’est la douceur et se pics sont à l’horizon le signe avant-coureur de ce que l’on peut attendre des Marquises : des émotions en dents de scie, un jour dur, un jour magique.

Mon voyage se termine dans la vallée de Nuku Hiva où m’attend mon ami PIPAPO.

Chef-lieu des Marquises, Tahiohae marque la fin du voyage du « TAPORO » et Avis aux Voyageurs » semblent dire les marquisiens, « ici la vie se mérite et on ne rit pas tous les jours ».

Les falaises tombent à pic ; qu’il est loin, le lagon de Bora Bora.

« La pluie est traversière et tombe grain à grain », ici cette phrase a un sens quand les rivières débordent. Ici naissent les cyclones et, si près du bout du monde, la sensation de fragilité de l’Etre et de l’Esprit fait partie du décor ; j’ai vu plus d’un homme refuser de quitter le « TAPORO ».

Avec mon ami PIPAPO, nous allons nous attaquer à l’ »Amazonie des océans » : toute cette mer en furie qui bat sans cesse les montagnes à pic.

Ici est né ma passion des coquillages.

Impossible d’aimer les îles sans vénérer l’immensité qui les entoure. On ne peut connaître l’ennui si on commence à regarder sous l’eau. Je plonge depuis toujours, allant d’émerveillement en émerveillement dans ce monde du silence où la faune et la flore évoluent avec encore tant de mystères.

Avec PIPAPO, installé depuis plus de 20 ans, la mer des Marquises est domptée ; son apprentissage ne s’est pas faite en un jour mais il est maintenant passé maître en la matière.

Il vient de créer le premier club de plongée des Marquises, après avoir ressuscité l’ancien bateau inter-îles d’il y a 40 ans, un exploit de plus à son actif.

Ses débuts l’ont mené dans une vallée perdue où, pour améliorer l’ordinaire (quelques salades, deux ou trois poules), il plongeait en apnée et ramenait poissons et poulpes. Considéré comme un grand apnéiste, après le franchissement de vagues dangereuses avec  sa pirogue, il se jetait au large, une lourde pierre dans les bras pour couler plus rapidement.

La vallée de Puamau se souvient encore des exploits de PIPAPO, baptisé ainsi par les enfants.

Avec lui j’ai découvert le large et la pêche aux mérous géants, plus gros que son bateau. Tout cela avec un treuil « fait maison » exigeant de bons muscles si on ne voulait pas risquer de ne remonter que la tête du poisson, les requins étant particulièrement rapides dans ces parages.

Avec lui j’ai goûté des aventures où si la chance vous abandonne…

« Gémir n’est pas de mise aux Marquises ».

Après avoir été pêcheur de thons la nuit, pendant plusieurs années, qui mieux que mon ami peut comprendre le sens des paroles de Brel ?


































UA POU

Maintenant dans le contexte, parlons un peu de coquillages.

70% des coquillages sont rares aux Marquises. Le sont-ils réellement ?

Allez voir et vous aurez la réponse ; en tout cas, bon nombre de collectionneurs-plongeurs en mal de fortune reviennent bredouilles.

La mer est trouble et agitée selon le climat ; mettez un masque et vous comprendrez mon allusion à l’Amazonie.

Le poisson est chez lui et le requin omniprésent dans toutes ses dimensions, sans agressivité exacerbée car la nourriture est abondante, mais personne n’est à l’abri d’un caprice.



































LES PIC – UA POU

Lors de mon dernier séjour, la charge d’un requin, gueule ouverte, a déclenché en moi une panique que je ne suis pas près de chasser de ma mémoire. Me faisant oublier toutes les règles de sécurité, mon instinct de survie me propulsa vers le bateau comme une fusée et je me retrouvait accroché au bord, tentant de toutes mes forces d’y monter. Avez-vous déjà essayé de remonter à bord avec une bouteille sur le dos ?

PIPAPO, en furie, vint me chercher pour me redescendre au palier. Jamais de ma vie je ne me suis senti aussi couard. Pas d’accident cette fois-là, ce n’était pas l’heure mais il s’en était fallu de peu.

Pour PIPAPO ce requin avait la taille d’un porte-clés, pour moi il faisait au moins 4 mètres. Mais arrêtons là les aventures « requinesques », l’énumération n’en serait que trop longue et je n’ai plus de prétentions.

Revenons donc à nos coquillages même si aujourd’hui mon ami enseigne de ne plus rien ramasser sous l’eau équipé de bouteilles, et surtout pas les coquillages puisqu’il organise à présent des plongées pour les observer dans leur habitat.

Exemples : la plongée aux Lambris crocata (Pilsbry) par une profondeur de 5 à 20 mètres ; malheur à celui qui touche à ce royaume : la pointe aux marchionatus entre 20 et 40 mètres de profondeur, gros blocs avec cavités, belles roches, faune abondante et diverse, présence de tortues ; etc., etc., … 20 années pour découvrir ces merveilles et vous les faire partager.

Tout en respectant ses idées, je n’en demeure pas moins un chasseur de coquillages rares qui sait que sa pêche précise n’interfère pour ainsi dire en rien dans l’équilibre harmonieux de ce monde merveilleux.

J’ai toujours en mémoire, lors d’un retour de pêche, l’accueil de la gendarmerie espérant dénicher des tonnes de coquilles dans mon bateau ; pourtant la pêche avait été bonne mais leurs espoirs furent grandement déçus. Qui pourrait penser que ce minuscule coquillage niché au creux de mon mouchoir, pas plus lourd que deux grammes et pas plus grand que 12 mm est la fameuse Thomasi, côtée plus de 10 000F ?

Ne rêvez pas, sa rareté est réelle. Combien d’heures sous l’eau avant sa rencontre inoubliable ; un cri dans l’immensité du bleu à 40 mètres de profondeur ! Des accolades sous l’eau ; des yeux plus gros que le masque ; des poissons effrayés par nos gestes. Un souvenir inoubliable ! On oublierait presque de respirer. C’est cela la passion.

Tout semble beau et facile pourtant, dans l’organisme du plongeur à l’affût du rare, le mal de l’azote s’installe et attend pernicieusement son heure.

Ce jour-là toutes les conditions étaient réunies pour une plongée sans difficulté : beau temps, mer belle, exploration superbe ; mais au moment de remonter ma bouteille à bord, je fus pris d’une violente douleur dans les reins.

Sans gravité, me suis-je dit en arrivant à NUKU HIVA. Hélas, dans les 10 minutes qui suivirent, la douleur s’accrût et m’obligea à m’allonger. Miraculeusement, nous étions près de la principale localité équipée d’un hôpital ; PIPAPO m’y mena sans tarder. Une demi-heure plus tard, paralysé jusqu’au-dessous des côtes, immobile, la tête vide, je fixais le plafond. Seul un infirmier marquisien était de garde et, à NUKU HIVA , les accidents de bouteille ne font pas partie du quotidien ; j’était le premier !


































LE PORT – NUKU HIVA

Mon ami me fit placer sous oxygène et préconisa une piqûre d’Aspégic.

Je ne sentais battre que mon cœur dans mon corps immobile. On s’agitait autour de moi, et moi je ne pensais à rien.

Puis, miracle. J’eus l’impression d’être un bonhomme de neige fondant au soleil, une délicieuse brûlure m’envahit. La vie me réinvestissait, la bulle s’était décoincée avant l’irrémédiable rupture. L’espoir m’envahit, je sentis les doigts de mon copain sur mes pieds, j’eus une folle envie de me lever et de jouer au foot !

Dans l’heure qui suivit, les organes reprenant leurs fonctions, une envie d’uriner signa définitivement ma grâce.

Quatre heures après nous quittions l’hôpital, peu fiers.

Cette nuit, je la passais seul dans la vallée, le lendemain j’accompagnais mon copain sans me mettre à l’eau.

De retour en France, les spécialistes de la médecine m’ont confirmé l’accident médullaire et l’incroyable « baraka » d’être passé au travers.

Depuis je n’ai plus plongé, mais chaque chose en son temps.

Mon plaisir actuel est d’approfondir ma connaissance des coquillages pour mieux en parler et transmettre cette passion plus forte que jamais.

Dans cet objectif, je profite de mes précieuses jambes pour parcourir l’Europe et ses expositions malacologiques.

Demain, je retournerai aux MARQUISES.

J’ai une irrésistible envie de revoir les Dieux polynésiens, divins protecteurs des fous passionnés.